Histoire du blackjack : des origines à la modernité

Il est difficile d’établir une chronologie précise de l’histoire de blackjack, mais la plupart des spécialistes s’accordent à dire que ce jeu est apparu au XVe siècle en Italie tandis que d’autres évoquent un jeu populaire en France au XVIIIe siècle. Nous vous présentons ici en détail les ancêtres du blackjack afin de vous aider à y voir plus clair quant aux origines de ce jeu passionnant.

Le Trente-et-Un et le Sept et Demi

Le jeu italien du Trente-et-Un, dont le but est d’obtenir le score de 31 points, peut être considéré comme un ancêtre du blackjack moderne. La première référence à ce jeu est datée de 1440, dans un sermon contre les jeux de hasard écrit par le moine italien Bernardin de Sienne (1377-1444), qui fut plus tard canonisé par l’Eglise catholique. Ce sermon engendra la destruction de milliers de dés, de cartes et de jeux de backgammon, qui furent brûlés publiquement.

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Les premiers jeux de blackjack furent imprimés par Johannes Gutenberg.

En marge de cette affaire qui opposa l’Eglise catholique aux jeux de toute nature, il est amusant de noter que les premiers jeux de cartes furent imprimés par Johannes Gutenberg, également célèbre pour avoir imprimé les premiers exemplaires de la Bible.

La première référence écrite, évoquée par Ed S. Taylor dans son ouvrage « The History of Playing Cards » publié en 1865, daterait de 1526 lorsque Berni mentionna le jeu « Trentuno » dans sa liste de jeux italiens.

Ces deux références permettent d’affirmer que le jeu du Trente-et-Un est d’origine italienne puisqu’un évènement historique et un documents spécifique attestent de sa pratique dans ce pays. Certains historiens affirment cependant que ce jeu est né en Espagne car un des personnages de la nouvelle « Rinconete y Cortadillo » publiée par Miguel de Cervantes (1547-1616) mentionne le « Trentuno ». Mais cette nouvelle a été écrite en 1613, soit 150 ans après le sermon de Bernardin en Italie. D’autres chercheurs ont attribué ce jeu à la France car dans sa nouvelle « Gargantua et Pantagruel », François Rabelais y fait référence comme un des 100 jeux joués par Gargantua dans le chapitre XXII. Mais là encore, il s’agit d’un ouvrage publié entre 1532 et 1542, soit après les premières références du Trente-et-Un en Italie.

Il semble donc que le « Trente-et-Un soit né en Italie et se soit ensuite répandu dans différents pays d’Europe tels que l’Espagne, la France et l’Angleterre. Les règles du jeu étaient très simples : Il suffisait de tirer des cartes et de formet une main se rapprochant le plus possible de 31. Le joueur ayant obtenu le score de 31 points ou s’en rapprochant le plus gagnait la partie. L’As valait 11 points, le Roi, le Valet et la Reine valaient 10 points et les autres cartes comptaient comme leur valeur nominale. Si plusieurs joueurs avaient un score égal, celui qui avait les cartes les plus hautes gagnait. Par contre, il n’y avait pas de possibilité de brûler, de prendre l’assurance ou de doubler avec l’As, contrairement au blackjack moderne.

Ce fut le jeu italien du Sept et Demi (« Sette e Mezzo ») datant du XVIIe siècle qui introduisit la possibilité de brûler en dépassant le score de 7½. Ce jeu se jouait uniquement avec les 8, 9, 10 et les figures. La valeur des cartes était de 1 point pour les As, ½ point pour les figures et la valeur nominale pour les autres cartes. Selon les règles jeu, le Roi du Carreau était une carte joker. Si le score total des mains des joueurs dépassait 7 et ½, ils perdaient la partie. Celui qui obtenait 7 et ½ gagnait et recevait plus du double de sa mise initiale. Les joueurs qui obtenaient un score de 8 ou plus perdaient leurs mises. Contrairement à la version actuelle du black jack, le croupier pouvait tirer une carte ou rester quand bon lui semblait.

Le Vingt-et-Un et le Trente-et-Quarante

La « Vingt-et-Un » est à juste titre considéré comme un des prédécesseurs du blackjack moderne. Ce fut le premier jeu où les As étaient comptés au choix comme valant 1 ou 11. La plupart des historiens s’accordent à dire que le « Vingt-et-Un » fut introduit en lieu et place du « Trente-et-Un » afin d’accélérer le jeu. Obtenir un score de 21 points est en effet possible en utilisant seulement 2 cartes, contrairement au « Trente-et-Un » où au moins 3 cartes étaient nécessaires pour former une main susceptible d’atteindre 31 points.

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Napoléon s’éprit du blackjack lorsqu’il fut condamné à l’exil sur l’île d’Elbe.

Le « Vingt-et-Un » apparut dans les cercles de jeu français au milieu du XVIIIe siècle. Ce jeu devint vite le passe-temps favori de la noblesse, au point que Madame du Barry – maîtresse de Louis XV – réussit à convaincre son amant d’organiser régulièrement des fêtes « Vingt-et-Un » au palais. Même Napoléon, qui n’aimait pas les jeux de cartes car c’était une distraction pour ses soldats, s’éprit de ce jeu lorsqu’il fut condamné à l’exil sur l’île d’Elbe.

Les règles du « Vingt-et-Un » sont presque en tous points similaires aux règles du blackjack moderne, à l’exception de l’Assurance qui est inexistante. L’As vaut 1 ou 11, les figures valent 10 et les autres cartes comptent pour leur valeur nominale. Le but du jeu est, comme son nom l’indique, d’obtenir un score de 21 points. Les joueurs peuvent brûler s’ils dépassent 21 et un Blackjack Naturel gagne instantanément la partie. Notez qu’au « Vingt-et-Un », les joueurs peuvent assurer le rôle de croupier.

Le jeu du « Vingt-et-Un » est donc un des ancêtres directs du blackjack, et c’est le jeu qui introduisit la double valeur à l’As.

On peut finalement évoquer le « Trente-et-Quarante« , un jeu de casino également connu sous le nom de « Rouge et Noir ». C’est un jeu qui est apparu vers 1800 et qui est encore populaire des les casinos de Monte Carlo en France et dans certains casinos en Italie. Dans ce jeu, on place les mises sur deux colonnes : une noire et une rouge. Les cartes sont tirées pour la colonne noire et ensuite pour la colonne rouge, et le tirage s’arrête une fois que le score total des cartes sur une colonne est de 31 ou plus. La colonne gagnant est celle qui obtient un score de 31 points ou qui s’en rapproche le plus. Si le score et supérieur à 40, les mises sont perdues. Si les deux colonnes ont le même score, c’est un « refait ». Si le « refait » se produit lorsque le score est de 31 points, le croupier empoche la moitié des mises. La particularité de ce jeu est que le joueur peut prendre une assurance contre un « refait » à 31 et perd seulement la moitié de sa mise de départ. L’assurance équivaut à 5% de la mise du joueur. On peut donc considérer le « Trente-et-Quarante » comme un prédécesseur du blackjack moderne puisqu’il introduisit l’Assurance.

Le Blackjack aux Etats-Unis

Le « Vingt-et-Un » franchit l’Atlantique et arriva aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, introduit en Nouvelle Orléans pas des réfugiés français qui avaient fui la période terreur suivant la Révolution Française. Le « Ving-et-Un » fut légalisé par les autorités de l’Etat en 1823 et devint un jeu très populaire aux côtés de la roulette et d’autres jeux. Le jeu fut vite rebaptisé « Twenty One » par les anglophones de la région et se répandit à travers les Etats-Unis. La joueuse la plus célèbre de l’époque s’appelle Eleanor Dumont, qui fut connue des années après sous le nom de Madame Moustache.

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C'est en 1931 que le blackjack fut officiellement introduit dans les casinos aux Etats-Unis.

Le « Twenty One » demeura un jeu pratiqué dans des lieux privés jusqu’en 1915, date à laquelle il fut introduit dans les casinos. Les dirigeants des casinos modifièrent légèrement les règles pour le Blackjack Naturel qui fut payé à 3 contre 2 au lieu de 2 contre 1. Pour populariser le jeu, les casinos offrirent temporairement des bonus de 10 contre 1 si un Blackjack Naturel sortait avec un As de Pique et un Valet de Pique ou Trèfle. Voilà l’origine du mot « Blackjack« .

L’histoire du Blackjack moderne démarra lorsque le Nevada Gambling Act fut promulgué en 1931 et que les jeux de casinos furent légalisés. Le Blackjack devint un jeu officiel au casino et devint plus populaire que la roulette et le craps. L’intérêt pour ce jeu continua d’augmenter et atteint son apogée lorsque Edward Thorp publia son livre « Beat the Dealer » et montra au monde entier que l’on pouvait battre la maison au Blackjack.

La Naissance du Blackjack Moderne

Aujourd’hui, le blackjack est joué partout dans le monde et est décliné en de nombreuses variantes, que ce soit dans les casinos terrestres où sur les sites de blackjack. Les casinos ont mis en place des mesures drastiques pour contrer les compteurs de cartes mais cela n’a pas stoppé l’essor du blackjack. Des millions de joueurs s’assoient aux tables de blackjack chaque année, pour le plaisir du jeu et bien entendu pour gagner de l’argent.

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